Chemin du Moi —Ingénieur en quête de philosophie

Journal d’un ingénieur passionné par la pensée et le questionnement existentiel

Quand la conscience du temps nous rend à la fois mélancoliques et profondément vivants.

Nostalgie du moment présent

T’arrive-t-il d’être nostalgique… du temps présent ?
Voilà la fâcheuse tendance qu’a mon esprit à anticiper une future nostalgie de ce que je suis en train de vivre.

Depuis que je suis père, ce trait s’est amplifié : à chaque instant passé avec mes enfants, une partie de moi imagine déjà le jour où ce moment ne sera plus qu’un souvenir.

Le paradoxe ?
Cette tristesse douce me rappelle à quel point le présent est précieux.
Ce que je vis là, maintenant, fera partie de mes futurs souvenirs heureux.

La vraie difficulté réside dans le fait d’habiter pleinement l’instant tout en sachant qu’il s’efface au moment même où on le nomme.


Une prise de conscience du temps

Comme je le disais, le fait d’être père a amplifié ce sentiment de nostalgie. Mais il est aussi lié à une caractéristique universelle : notre rapport au temps, façonné par nos expériences, notre âge et notre sensibilité.

Nous naissons avec une seule certitude, comme le rappelait Tolstoï : celle de mourir un jour.
Vivre revient donc à vieillir, et vieillir, c’est prendre conscience que chaque instant vécu s’ajoute à notre passé.

Mathématiquement, plus nous avançons dans la vie, plus chaque année devient une fraction plus petite de notre existence totale. Le temps “semble” alors s’accélérer — une illusion bien connue des psychologues.

Mais ce rapport au temps reste profondément singulier. Nos expériences — enfance, deuils, amours, pertes, renaissances — façonnent notre façon de regarder le passé, d’habiter le présent, et de projeter l’avenir.


Biais cognitifs et psychologie derrière la nostalgie

Derrière cette sensation douce-amère se cache en réalité une mécanique fascinante du cerveau.

1. Le biais de la “rosification du passé” (rosy retrospection)
Notre mémoire n’est pas un enregistrement fidèle. Elle a tendance à embellir les souvenirs passés, à en lisser les aspérités émotionnelles.
Ce biais nous pousse à percevoir le passé comme plus doux qu’il ne l’était réellement — ce qui crée cette nostalgie teintée de tendresse.

 2. Le biais de projection affective
Nous imaginons souvent notre futur “moi” avec les émotions de notre présent.
Lorsque tu regardes tes enfants jouer, ton cerveau anticipe déjà la tristesse de la séparation future — c’est un mécanisme d’anticipation émotionnelle.
C’est à la fois une forme de protection (préparer ton futur toi à la perte) et une preuve d’attachement profond à ce que tu vis.

3. Le rôle de la dopamine et de la mémoire émotionnelle
La nostalgie active les mêmes zones du cerveau que le plaisir et la récompense (striatum ventral, hippocampe).
C’est pourquoi elle est paradoxalement agréable : elle mélange tristesse et douceur.
Elle agit comme un rappel biologique de ce qui a compté pour nous, et donne du sens à notre existence.

4. La fonction psychologique de la nostalgie
Les recherches montrent que la nostalgie renforce la continuité du soi : elle relie notre passé à notre présent, et nous aide à donner une cohérence à notre identité.
Elle nourrit le sentiment d’avoir une histoire, d’avoir aimé, vécu, appris.
En ce sens, elle n’est pas un frein — mais une preuve de vie intérieure riche.


Être nostalgique signifie-t-il être triste ?

On associe souvent la nostalgie à la tristesse.
C’est vrai, elle éveille la mélancolie, comme une musique douce qui réveille des échos du passé.
Mais elle peut être, au contraire, profondément joyeuse.

Parce qu’être nostalgique, c’est se souvenir d’avoir aimé.
C’est ressentir à nouveau la trace du bonheur.

Et si nous sommes encore là pour nous en souvenir, c’est que nous sommes encore vivants — capables d’en créer d’autres.


L’instant présent

Ma plus grande difficulté concerne mon rapport au temps présent.
Étant très attaché aux souvenirs, mon plus grand défi consiste à aimer le présent avec la même tendresse que le passé.

À me rappeler que ce que je vis aujourd’hui deviendra, demain, la matière même de ma nostalgie.

Alors j’essaie, chaque jour, de regarder mes enfants, ma vie, mes instants simples, comme si je les contemplais depuis le futur.
Non pas pour les retenir — mais pour les habiter pleinement, avant qu’ils ne s’envolent.


Et toi, t’arrive-t-il de ressentir cette douce nostalgie du présent ?
👉 Partage ton ressenti ou ton expérience en commentaire.
Tes mots, eux aussi, feront peut-être partie des souvenirs de quelqu’un d’autre.

6 réponses à « La nostalgie du moment présent : comprendre ce paradoxe doux-amer »

  1. Avatar de valiantlytyphoonbb9a746645
    valiantlytyphoonbb9a746645

    Bonsoir, pour ma part, la nostalgie réside dans l’absence d’existence tout au long de ma vie. Ainsi, la quête de liberté, l’instant présent, semble bien plus prégnant et absolu que ne l’a jamais été mon passé. Le présent n’offre pas de nostalgie puisque tout est découverte et quête de sens. Une quête, qui vous déchire pourtant, vous bouscule tout en vous faisant passer du côté des vivants. Lorsqu’existence devient nécessité impérieuse. Je rêvais d’être maman, c’est ainsi, je ne le serai jamais, mes parents en ayant fait le deuil à ma place, ayant choisi pour moi la non maternité, cet état de fait restera à tout jamais un crève-cœur difficile à combler. Cependant, ma petite chienne me remplit de bonheur jours comme nuits. Merci pour ton analyse mais ma vie commence maintenant. Belle soirée

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  2. Avatar de Anisse Benachour
    Anisse Benachour

    Merci pour cet article, il m’a vraiment touché. Vous mettez des mots très justes sur ce sentiment étrange qu’on ressent parfois : être heureux dans l’instant, tout en sentant déjà qu’il va nous manquer plus tard. C’est doux et un peu triste à la fois, et vous l’expliquez avec beaucoup de sensibilité.

    J’ai particulièrement aimé l’exemple du quotidien, comme ces moments avec les enfants qu’on savoure tout en sachant qu’ils ne dureront pas. Ça parle à beaucoup de monde, je pense.

    Je me demande juste : comment profiter vraiment du présent sans avoir ce petit pincement au cœur ou encore pire cette paralysie ? Peut-être qu’en acceptant que tout passe, on apprend à aimer encore plus fort ce qu’on vit maintenant.

    Merci pour cette belle réflexion, ça donne envie de ralentir et d’être plus présent. J’ai hâte de lire vos prochains articles.

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  3. Avatar de edouardedb

    Je n’ai que la nostalgie des moments futurs que je ne connaitrai jamais.

    Le concept de nostalgie ne me parle pas sinon.

    Mais je souffre le martyr quand soudain je pense que je ne connaitrai pas toutes les musiques futures, les livres futurs etc…

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  4. Avatar de Bronsart Elise
    Bronsart Elise

    Ça me parle – j’ai justement écrit un post sur cette sensation accrue de nostalgie du moment présent, depuis que je suis devenue mère ! https://open.substack.com/pub/lettresdelise/p/ma-boss-la-nostalgie?r=2dneum&utm_medium=ios

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  5. Avatar de valiantlytyphoonbb9a746645
    valiantlytyphoonbb9a746645

    OUI, tel un métronome qui vous dit, il serait temps… Belle journée

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  6. Avatar de Lou Alcèle
    Lou Alcèle

    Oui, c’est tellement vrai, je suis d’accord avec toi. La nostalgie est une quête de sens, une continuité entre des dimensions du temps qui finalement sont imbriquées : « la clé du passé ouvre la porte du présent » comme le disait si joliment Victor Hugo. C’est un rapport au temps qui s’exprime lorsque l’on a une sensibilité particulière, et qui rassemble toutes les pièces de nos expériences pour construire un édifice cohérent. Et je ne pense pas que la nostalgie soit un frein pour apprécier l’instant présent. Ce qui est un frein c’est surtout, l’attachement qu’on porte à ce dernier, le fait qu’on veuille le fixer, alors que dans son essence même, cet instant présent n’est déjà plus lorsqu’il parvient à notre pensée. On voudrait que les choses soient immuables pour nous sécuriser mais la vie, c’est l’impermanence même et l’adaptation constante. Rien n’est figé tout est mouvement. Le plus gros attachement auquel il faut résister, parce qu’il peut-être très délétère, c’est effectivement l’attachement à ses enfants. C’est un attachement qui, s’il n’est pas maîtrisé, risque de les priver de liberté et les empêcher de vivre. Quand je suis devenue maman et que je suis rentrée de la maternité, j’ai passé un long moment à observer mon petit bébé dans son petit lit et à fixer ce souvenir dans mon esprit parce que je savais que ce petit bébé était éphémère dans la réalité. Il n’y avait que dans mon esprit que je pouvais figer cet instant. Et la nostalgie me permet d’y accéder aujourd’hui avec beaucoup de bonheur. En cet instant où j’ai fixé mon bébé pour en garder un souvenir intact, je me suis préparée déjà à le laisser partir. Accepter l’idée qu’il s’éloigne de moi et renoncer à le garder, pour ne pas entraver son chemin. Pour moi la plus grande preuve d’amour, c’est d’accepter avec bienveillance que son enfant s’éloigne. Le considérer comme un sujet dès le départ et lui apprendre à voler pour qu’il déploie ses ailes et explore le monde ❤️

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Julian – Chemin du moi

Salut !

Ingénieur depuis 2018, papa de deux enfants en bas âges, je donne un nouveau souffle à ma vie et surtout du sens, la philosophie.

Avec une passion pour la philosophie j’aime questionner et penser le monde qui m’entoure. J’envisage de repartir sur les bancs de la fac (licence + Master) pour étudier la philosophie sur le plan académique.

Je partage ici mes réflexions, mon parcours, mon organisation avec mon travail d’ingénieur et ma vie de famille, mes objectifs, mes doutes, mes craintes. Aucun tabou et avec transparence.

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